Silent Tower

Silent Tower

REQUIEM (Be.), webzine, 18 décembre 2018 : Enregistrés en 2011, 2012 et 2013, les sept titres qui composent cette démo ont tout d’abord vu le jour sous forme digitale en 2016, avant de bénéficier, en 2017, d’une réalisation physique sous forme de K7 audio, le tout à l’initiative de Facthedral’s Hall, le label des musiques improbables. Il s’agit du projet solo pour le moins atypique de Skrow, membre fondateur du groupe de Thrash/Black Metal marseillais IMPERIAL. Mais, disons-le d’entrée de jeu, les fans non avertis du combo phocéen risquent d’en être pour leurs frais, puisque la musique proposée ici est en fait sans rapport direct avec celle qu’il pratique habituellement. SILENT TOWER évolue en effet dans un registre expérimental alliant très efficacement Doom /Dark Metal et industriel, à base de sonorités brutes, de rythmiques tribales, saccadées et répétitives, et dont les compositions exclusivement instrumentales contribuent à accentuer la noirceur glaciale des ambiances ainsi rendues. La basse puissante, les programmations synthétiques et la résonance de l’enregistrement, pourraient faire croire à un enregistrement live, capturé au fin fond de l’obscurité d’une crypte ou d’une cave. Et la dimension à la fois énigmatique et minimaliste de l’oeuvre, sur le plan conceptuel, se voit même soulignée par l’absence de véritables titres, chacun des morceaux s’intitulant juste Silent Tower, ainsi décliné et numéroté on ne peut plus sobrement de 1 à 7… Ce côté brut, répétitif et hypnotique n’est pas sans me rappeler irrésistiblement la bizarrerie quasi-autistique des expérimentations de SCORN, le fameux projet Dub-Doom et Metal-Indus fondé en 1991 par Mick Harris, ancien batteur de NAPALM DEATH, et qui lui-même se caractérisait par ses plages instrumentales. A vrai dire, la comparaison n’est sans doute pas tout à fait fortuite, tant semble flagrante la filiation en termes d’influences… Je ne pense donc probablement pas me tromper en osant faire ce rapprochement. Les amateurs du genre ne doivent donc pas passer à côté de ce premier jet qui, en ce qui me concerne, ne m’aura pas laissé de marbre, tant s’en faut. Mention spéciale aux deux derniers morceaux, Silent Tower 6 et 7, que j’apprécie tout particulièrement. Espérons donc que ce très intéressant projet n’en restera pas là, et qu’il nous gratifiera à l’avenir d’un album longue durée sur support physique, de préférence en CD et/ou vinyl, car il en vaut vraiment la peine. A suivre de près donc, et ce d’autant plus que la démarche de Facthedral’s Hall, petite structure underground qui s’intéresse tout particulièrement à ce qui sort des clous, et qui de surcroit ose prendre des risques en produisant l’inconnu, mérite véritablement qu’on y prête attention et qu’on la soutienne. Hans Cany